Romain Buxo est un illustrateur contemporain dont le travail explore les frontières entre manga, art digital et influences artistiques variées. Fasciné par le Japon et profondément attaché à son territoire natal, il crée des œuvres qui mêlent imagination, modernité et sensibilité aux paysages locaux.
Pouvez-vous nous raconter vos débuts dans l’univers du manga : qu’est-ce qui vous a séduit dans ce style et vous a donné envie de l’explorer à travers vos créations ?
Mes débuts ont été marqués par les passages de Camus dans l’émission Récré A2, où il montrait comment dessiner des personnages de bande dessinée. Ensuite est arrivé le Club Dorothée, avec ses nombreux mangas comme Dragon Ball, qui m’ont donné encore plus envie de m’y plonger. L’explosion du manga en France au début des années 2000 a confirmé cette passion.
Cependant, ma formation artistique, plus classique et académique, m’a amené à vouloir mélanger les styles — ce qui, à l’époque, était plutôt mal vu.
Je n’ai pourtant rien lâché et j’ai continué à expérimenter, à fusionner toutes ces influences. Aujourd’hui, je crée des illustrations qui combinent pop culture, street art, doodle art, réalisme, tatouage et art digital, tout en les reliant à ma fascination pour le Japon et à mon amour pour les paysages du Pic Saint-Loup, que je connais si bien.
Quelles sont vos principales influences artistiques : des mangakas en particulier, ou des courants artistiques qui vous inspirent au-delà du Japon ?
Enfant, mes premières inspirations ont été Camus et Akira Toriyama. Mais j’ai aussi été très marqué par Léonard de Vinci, Rembrandt, l’univers sombre d’Edgar Allan Poe, ainsi que par des artistes et mangakas comme Tite Kubo, Boichi, Tatsuki Fujimoto, Makoto Shinkai, Hayao Miyazaki, Banksy ou encore Enki Bilal.
Comment décririez-vous votre style : plutôt fidèle aux codes graphiques traditionnels du manga, ou un mélange plus personnel et expérimental ?
Je dirais que mon style est un mélange de plusieurs courants, auquel j’ajoute ma touche de folie et de magie. J’allie les techniques du manga à des approches plus réalistes, colorées et modernes — car on oublie souvent que le manga n’est, à l’origine, qu’une bande dessinée en noir et blanc. J’aime aussi m’inspirer d’autres créateurs de paysages ou d’histoires. D’ailleurs, mon prochain projet sera fortement lié au patrimoine et à l’histoire.
Vous réalisez aussi des œuvres qui intègrent des paysages locaux. Pourquoi ce choix ?
Tout simplement parce que je suis né ici. J’admire nos paysages, mais je suis aussi parfois attristé de voir comment ils peuvent être détériorés. Je me suis également rendu compte que les jeunes s’intéressent de moins en moins à notre patrimoine et à notre histoire. Alors je me suis dit qu’il était temps d’utiliser mon univers, auquel ils sont sensibles, pour leur faire découvrir la beauté qui les entoure et les inciter à s’y intéresser.
Quels thèmes ou émotions aimez-vous le plus mettre en scène à travers vos personnages et vos compositions ?
J’adore représenter des femmes, souvent guerrières, pour montrer toute leur force et leur beauté. J’aime aussi y ajouter une pointe de folie et de provocation. En ce moment, le thème le plus récurrent reste les paysages autour du Pic Saint-Loup, où j’essaie d’intégrer à la fois poésie et puissance, portées par des personnages charismatiques.
Quand un spectateur découvre vos tableaux, qu’aimeriez-vous qu’il ressente ? Une immersion, une histoire, un rêve éveillé ?
J’aimerais qu’il se raconte sa propre histoire, qu’il imagine pourquoi ce personnage se retrouve à cet endroit, dans cette situation… Que mon œuvre lui laisse une totale liberté d’interprétation.
Avez-vous une œuvre « coup de cœur » parmi vos créations, qui symbolise particulièrement votre démarche artistique ?
Oui, la jeune fille zen en tenue d’écolière, aux couleurs de Saint-Mathieu-de-Tréviers, posant devant le Pic Saint-Loup et le Montferrand. C’est elle qui m’a donné envie de lancer toute la série d’illustrations autour du Pic Saint-Loup.
Quels sont vos projets à venir : nouvelles séries, collaborations, expositions ?
J’ai plusieurs projets en cours qui me tiennent à cœur. Je poursuis ma collaboration avec l’Office de Tourisme et différentes communes du territoire, notamment à travers des expositions et des événements artistiques qui me permettent de rencontrer le public et de faire découvrir mon univers. Ces échanges sont toujours très enrichissants, car ils donnent vie à mes œuvres au-delà de l’atelier.
Je continue également à explorer de nouvelles pistes créatives autour du Pic Saint-Loup, un lieu qui reste une source inépuisable d’inspiration. J’y mêle paysages, légendes locales et influences japonaises, pour créer des illustrations qui racontent à la fois l’âme du territoire et la poésie du manga. Parallèlement, je travaille sur une série plus onirique, inspirée de contes et de mythes revisités, où je cherche à relier mon imaginaire à celui des spectateurs.
En somme, je souhaite poursuivre ce dialogue entre modernité et tradition, entre mon amour du dessin et mon attachement profond à cette région.