Luc Jallot

La mémoire des origines

Luc Jallot - Cambous - Viols le Fort

Archéologue passionné et figure incontournable du site préhistorique de Cambous, Luc Jallot œuvre depuis plus de quarante ans à la recherche, à la préservation et à la transmission du patrimoine néolithique du Grand Pic Saint-Loup.

Pouvez-vous vous présenter et raconter votre parcours en quelques mots ?

Archéologue bénévole, étudiant en archéologie, responsable de fouilles programmées, membre d’une équipe du CNRS, archéologue à l’Afan puis à l’Inrap,  maître de conférences à l’université Paul Valéry.

Comment êtes-vous arrivé à Cambous ?

À pied !! Pour être plus sérieux, mon amie savait que je m’intéressais à la préhistoire et m’a fait découvrir le site en 1981.

Quel est votre rôle sur le site aujourd’hui ?

J’ai dirigé la reprise des fouilles et je participe, au sein de la Société languedocienne de préhistoire, à sa sauvegarde et à son animation.

Avec qui travaillez-vous au quotidien, que ce soit au sein de votre équipe à Cambous ou avec des partenaires et collaborateurs extérieurs, et en quoi ces échanges sont importants dans la vie du site ?

Avec mes collègues chercheurs, des bénévoles, des étudiants en archéologie et des collaborateurs extérieurs. Le public participe aussi à nos activités.

SIte de Cambous - Viols-en-Laval - Herault - Occitanie - Grand Pic Saint-Loup Tourisme 07

Qu’est-ce qui vous plaît le plus dans votre travail au quotidien ?

La variété d’un métier qui me fait voyager du pic Saint-Loup à l’Afrique, du présent au lointain passé, fait de moi un passeur de mémoire et permet un recul extraordinaire sur le devenir de l’humanité.

Qu’est-ce qui rend ce village préhistorique unique selon vous ?

Il s’agit de la seule vitrine de la préhistoire vivante sur un site archéologique en Languedoc. En effet, Cambous est le seul lieu d’archéologie expérimentale, à but scientifique, auquel peuvent participer les visiteurs. C’est une occasion de sensibiliser les jeunes et leurs familles à l’importance du patrimoine préhistorique de l’Hérault et à sa sauvegarde. C’est l’un des trois ou quatre lieux en Europe de l’Ouest où l’on peut se promener au milieu des ruines d’un habitat du Néolithique. Ce sont actuellement les plus anciennes constructions de maisons visibles en France. C'est un lieu patrimonial et de recherches célèbre chez les chercheurs européens, présenté dans tous les manuels d'archéologie et ouvrages scolaires et recommandé dans les guides touristiques comme Lonely Planet

Luc Jallot - Cambous - Viols le Fort

Quand les visiteurs découvrent ce lieu, qu’aimeriez-vous qu’ils imaginent ?

Qu’ils imaginent les sons, les voix, les rires et les bêlements des brebis. Qu’ils revivent le quotidien des habitants et ressentent l’harmonie de ces sociétés paisibles, encore en équilibre avec leur environnement.

Beaucoup de gens pensent que l’archéologie est compliquée ou réservée aux spécialistes. Comment le rendez-vous accessible au grand public ?

Plus un archéologue connaît de choses, plus il produit un discours compréhensible par tous. Décrire la façon dont les objets nous racontent un passé inconnu peut sans problème passer par des mots simples. Il est très facile de faire comprendre les méthodes de l’archéologie à des gens qui savent tous ce qu’est un ordinateur, un téléphone portable, une IRM ou l’I.A. Nous utilisons au quotidien des technologies bien plus compliquées que celles qu’utilise l’archéologue. En réalité, nos outils de base sont nos mains et nos yeux.

Luc Jallot - Cambous - Viols le Fort

Est-ce qu’il y a un détail du site ou une anecdote que vous aimez particulièrement raconter aux visiteurs ?

Un roman policier avait mis en scène Cambous et un cadavre caché dans un des avens du site. Quand le roman fut publié, les gens se précipitaient pour voir ce trou dans la roche. Mais, bien sûr, ce n’était pas réel et n’importe quel aven faisait l’affaire. Cette anecdote montre le désir d’imaginaire qui habite chacun. L’archéologie peut offrir cette chance d’évasion.

Quels sont les projets ou les idées que vous aimeriez développer pour faire vivre encore davantage Cambous dans les années à venir ?

Rendre possible une montée en puissance avec l’aide de médiateurs expérimentés : le bénévolat ne suffit plus. Développer la quinzaine de l’archéologie et le forum de l’archéologie en automne, et encourager la reprise des fouilles archéologiques. Sur le long terme, reproduire un hameau préhistorique en utilisant des méthodes expérimentales pour restituer les gestes de la préhistoire.

SIte de Cambous - Viols-en-Laval - Herault - Occitanie - Grand Pic Saint-Loup Tourisme 12

Selon vous, qu’est-ce qui continue de fasciner les gens lorsqu’ils découvrent la préhistoire ?

Les ruines sont assez austères, même si le cadre est particulièrement beau. Je pense que c’est le contact direct avec des archéologues qui travaillent sur le site, ainsi que les explications données, qui changent le regard du visiteur et fascinent le public. D’où la nécessité d’améliorer sans cesse la médiation.

Pourquoi est-il important de préserver et transmettre un lieu comme Cambous ?

Parce que nous sommes au cœur d’un territoire — autour du pic Saint-Loup — qui est l’un des mieux préservés d’Europe sur les plans des équilibres écologiques et des témoignages de la préhistoire. Les sites du IIIe millénaire avant notre ère, les villages surtout, sont dans un état de conservation unique en Europe et préservés par centaines. Songez que chaque année certains sont détruits. C’est une perte irréversible ! Cambous est la vitrine de ce trésor archéologique qui mériterait de figurer au Patrimoine mondial.

Si vous deviez donner une seule raison de venir découvrir Cambous, ce serait laquelle ?

S’immerger dans la beauté secrète d’un lieu où la préhistoire est encore vivante et nous fait signe.

SIte de Cambous - Viols-en-Laval - Herault - Occitanie

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